Station debout et varices : les métiers les plus exposés

Station debout au travail : comment protéger vos jambes des varices

 

Rester debout des heures au travail ne suffit pas à provoquer des varices, mais la station debout en augmente nettement le risque. Au Danemark, les salariées qui travaillent debout ont été hospitalisées pour varices presque deux fois plus souvent que les autres. Le risque se concentre dans quelques métiers et se réduit d’abord par l’organisation du poste.

 

À retenir

 

  • Risque mesuré : 1,82 fois plus d’hospitalisations pour varices chez les salariées debout (Danemark, 12 ans).

  • Métiers exposés : soignants, coiffeurs, vendeurs, agents d’entretien, ouvriers, boulangers.

  • Seuil repère : dès 8 heures debout par jour, risque multiplié par 2,5 chez les soignants.

  • Prévention : marcher, alterner assis et debout, compression sur avis médical.

 

Pourquoi la station debout favorise les varices

 

Debout et immobile, vos veines supportent tout le poids de la colonne de sang, sans que rien ne vienne les soulager.

 

Le sang des pieds doit remonter vers le cœur contre la gravité. Chez une personne debout et immobile, la pression veineuse atteint environ 80 mmHg à la cheville, selon la mise au point publiée dans La Revue du Praticien en 2019. Dès les premiers pas, la contraction de la semelle plantaire de Lejars et de la pompe musculaire du mollet fait chuter cette pression sous 30 mmHg, à condition que les valvules, ces clapets situés à l’intérieur des veines, fonctionnent bien. Prenons un vendeur qui piétine derrière un comptoir : sa pression à la cheville reste proche de 80 mmHg pendant de longues minutes, alors que quelques pas l’auraient ramenée sous 30 mmHg, soit une charge presque trois fois plus faible.

 

Pompe musculaire du mollet : à chaque pas, les muscles du mollet se contractent, compriment les veines profondes et propulsent le sang vers le cœur. Quand vous restez immobile, cette pompe tourne au ralenti.

 

Selon Sonovein®, le reflux veineux désigne l’inversion du flux sanguin dans une veine par incompétence valvulaire, mesurée en écho-Doppler au delà de 0,5 seconde dans le réseau superficiel, mécanisme ciblé par toutes les techniques d’ablation veineuse dont le traitement par les HIFU. Quand les valvules ne ferment plus, le sang redescend à chaque arrêt de la marche et la veine superficielle se distend. Les auteurs de La Revue du Praticien relient cette hyperpression prolongée à une inflammation chronique qui abîme peu à peu la paroi et la microcirculation.

 

Les traitements visent justement ce reflux. Certains passent par un cathéter introduit dans la veine, d’autres agissent depuis l’extérieur de la jambe : c’est le cas de la plateforme robotique Sonovein®, conçue par la société française Theraclion, qui concentre des ultrasons focalisés de haute intensité (HIFU) sur la veine, guidés par échographie, sans incision ni effraction.

 

Station debout et varices : ce que mesurent les études

 

Les grandes études convergent vers un risque accru chez les travailleurs debout, avec des écarts selon le sexe et la façon de mesurer la maladie.

 

  • Danemark, 1,6 million de salariés (2000) : l’équipe de Finn Tüchsen a suivi pendant 3 ans tous les Danois de 20 à 59 ans en emploi en 1991. Travailler surtout debout multipliait le risque de première hospitalisation pour varices par 1,85 chez les hommes et par 2,63 chez les femmes, après prise en compte de l’âge, du groupe social et du tabac.

  • Danemark, 12 ans de suivi (2005) : 8 664 adultes ont été interrogés par téléphone en 1991, dont 2 939 hommes et 2 708 femmes en emploi. En 12 ans, les chercheurs ont compté 40 hospitalisations pour varices chez les hommes et 71 chez les femmes. Le risque relatif atteignait 1,82 chez les femmes (intervalle de confiance à 95 % de 1,12 à 2,95) et 1,75 chez les hommes, un écart qui n’était pas statistiquement significatif pour eux.

  • Édimbourg, 1 566 adultes examinés (2003) : l’Edinburgh Vein Study a examiné des habitants de 18 à 64 ans. La prévalence ajustée sur l’âge atteignait 39,7 % chez les hommes contre 32,2 % chez les femmes, et aucun des facteurs de mode de vie étudiés ne montrait de relation constante avec les varices. La taille, et chez la femme l’indice de masse corporelle, ressortaient en revanche.

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Un risque relatif de 1,82 se lit simplement : si 10 salariées sur 10 000 étaient hospitalisées pour varices dans les autres emplois, environ 18 le seraient dans les postes debout. Les auteurs danois estiment que la station debout au travail explique plus d’un cinquième des hospitalisations pour varices chez les personnes en âge de travailler.

 

L’étude écossaise apporte une nuance. Les déclarations des participants y suggéraient une susceptibilité familiale, ce qui rappelle que la station debout agit sur un terrain où l’hérédité, la taille et le poids pèsent aussi.

 

Les métiers les plus exposés à la station debout prolongée

 

En France, plus de 5 millions de salariés passent au moins 20 heures par semaine debout ou à piétiner, selon l’enquête SUMER 2017 citée par l’INRS en 2021. Sur une semaine de 5 jours, cela représente au moins 4 heures debout par jour.

 

Une étude coréenne publiée en 2020 a croisé les données d’assurance maladie de 240 professions classées selon la posture dominante. Chez les travailleurs manuels, la part de varices la plus élevée revenait au groupe debout, devant la marche et la position assise.



Métier

Contrainte principale

Ce que montrent les données

Infirmiers, aides-soignants

Postes de 8 heures et plus, gardes de nuit

25 % de varices, soit un soignant sur quatre (9 études, 2025) ; OR de 2,48 dès 8 heures debout par jour

Soignants de bloc opératoire, réanimation, urgences

Longues périodes debout, rythme soutenu

OR de 4,1 en réanimation et au bloc, de 5,4 aux urgences

Coiffeurs

Piétinement autour du fauteuil

24,2 % de varices sur 182 coiffeurs taïwanais ; 213,9 heures debout par mois chez les atteints contre 176,0

Vendeurs

Station debout en rayon ou au comptoir

Cités parmi les métiers les plus concernés dans SUMER 2017

Agents d’entretien

Piétinement, petits déplacements répétés

Cités dans SUMER 2017 ; parmi les plus fortes proportions de varices en Corée du Sud

Ouvriers du bâtiment et de l’industrie

Debout au poste, port de charges

Cités dans SUMER 2017 ; assembleurs automobiles parmi les plus touchés en Corée du Sud

Boulangers, pâtissiers

Debout, chaleur des fours

Parmi les plus fortes proportions de varices en Corée du Sud



L’OR, ou rapport de cotes, compare la fréquence des varices entre personnes exposées et non exposées. Pour le seuil de 8 heures, les auteurs de la méta-analyse de 2025 le traduisent par une probabilité multipliée par environ 2,5. Chez les soignants, le travail de nuit sur 10 ans ou plus affiche un OR comparable, de 2,49.

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Chez les coiffeurs, l’écart de 38 heures par mois entre atteints et non atteints correspond à près de 2 heures debout de plus par jour, sur une base de 20 jours travaillés. Au-delà de 45 ans, dépasser 260 heures debout par mois ressortait comme un facteur majeur, avec un OR de 31,8 : son intervalle de confiance, de 1,8 à 566,5, est si large qu’il signale une tendance forte plutôt qu’une mesure précise.

 

Prévenir les varices au poste de travail

 

La prévention efficace commence par l’organisation du travail, les accessoires ne venant qu’en complément.

 

  1. Casser la posture continue. Une revue de 26 études de laboratoire, citée par l’INRS, propose de ne pas dépasser 40 minutes de station debout ininterrompue. Ce seuil vise les douleurs musculosquelettiques, mais il sert aussi les veines : sur une journée de 8 heures, il suppose au moins 11 changements de posture.

  2. Marcher plutôt que piétiner. Quelques pas activent la pompe du mollet. Une étude française menée auprès de 1 086 travailleurs a d’ailleurs relevé que les petits déplacements répétés étaient plus défavorables que les déplacements moyens ou longs.

  3. Aménager le poste. L’INRS recommande de pouvoir alterner les postures : chaise, tabouret, siège assis-debout, repose-pieds, et pauses régulières pour interrompre la station debout.

  4. Porter une compression adaptée, sur avis médical. Dans un essai croisé publié en 2022, 39 salariés debout plus de 8 heures par jour ont testé plusieurs protocoles. Sans bas de compression, le volume et la circonférence des jambes augmentaient pendant le travail ; avec des bas, ils ne progressaient pas.

  5. Ne pas tout miser sur le tapis anti-fatigue. Selon l’INRS, semelles et tapis réduisent l’inconfort avec un niveau de preuve modéré, et une étude sur 7 revêtements de sol n’a mesuré d’effet qu’après 3 heures debout. Installer des tapis sans revoir l’organisation des postes ne règle donc pas le problème, et peut créer un risque de chute ou de glissade.

 

Varices liées au travail : maladie professionnelle ou non ?

 

La reconnaissance reste théoriquement possible, mais elle passe par une procédure exigeante, faute de tableau dédié aux varices des jambes.

 

Selon l’Assurance maladie, toute maladie inscrite dans un tableau de maladies professionnelles et contractée dans les conditions prévues est présumée d’origine professionnelle. Dans la classification des tableaux consultable sur le site de l’INRS, la rubrique consacrée à la pathologie vasculaire ne comporte pas d’entrée pour les varices des membres inférieurs : la seule varice mentionnée est œsophagienne. Pour un salarié debout toute la journée, cette présomption ne joue donc pas.

 

Reconnaissance hors tableau : une maladie non inscrite dans un tableau peut être reconnue si elle est directement causée par le travail habituel et entraîne une incapacité permanente d’au moins 25 % ou le décès. Le comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP) rend alors un avis qui s’impose à la caisse primaire.

 

En pratique, le salarié adresse le formulaire S6100b à sa caisse. Si le taux d’incapacité permanente n’atteint pas 25 %, la seconde condition fait défaut. Dès 2005, une équipe de médecins du travail qui avait examiné 1 086 salariés qualifiait la maladie veineuse au travail de pathologie « dangereuse, coûteuse et probablement sous-estimée ».

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Le médecin du travail reste l’interlocuteur le plus utile. La fiche de l’Assurance maladie consacrée à l’arrêt de travail pour varices prévoit qu’une adaptation temporaire du poste soit envisagée avec l’employeur et le médecin du travail quand la position debout ou assise domine.

 

Quand consulter si vous travaillez debout

 

Des jambes lourdes en fin de journée sont fréquentes. Certains signes, décrits par l’Assurance maladie, justifient en revanche un avis médical :

 

  • une veine dilatée de plus de 3 mm de diamètre, visible ou palpable ;

  • une jambe qui gonfle ;

  • une peau qui brunit, ou qui devient pâle et anormalement fine ;

  • un cordon veineux chaud, rouge et douloureux, qui peut traduire une paraphlébite et doit être examiné rapidement.

 

L’examen de référence est l’écho-Doppler veineux, qui confirme le diagnostic et mesure l’étendue de la maladie. Le choix d’un traitement revient ensuite au médecin vasculaire : sclérothérapie, radiofréquence, laser endoveineux, chirurgie ou HIFU des varices, selon la veine en cause, son diamètre et votre profil.

 

La reprise du travail varie selon la technique et le poste. Dans sa fiche de 2014, l’Assurance maladie retenait ces durées de référence d’arrêt, jour de l’acte compris pour la radiofréquence :



Type de poste

Radiofréquence

Crossectomie avec éveinage

Travail sédentaire

3 jours

10 jours

Travail physique lourd (charges de plus de 25 kg)

7 jours

21 jours



Pour un poste physique lourd, l’écart entre les deux techniques atteignait donc 14 jours. La même fiche recommande la marche, une contention adaptée et la surélévation des jambes au repos, et demande d’éviter les positions debout ou assise prolongées pendant la récupération.

 

La station debout prolongée est un facteur de risque de varices bien documenté, sans en être la seule cause. Les métiers du soin, de la coiffure, de la vente, de l’entretien ou de l’industrie y exposent davantage. La prévention repose d’abord sur l’organisation du poste et le mouvement, puis sur des mesures individuelles. Face à une veine qui gonfle, une peau qui change ou une douleur inhabituelle, seul un médecin peut évaluer la situation et proposer une prise en charge adaptée.

 

Sources

 

  • Scandinavian Journal of Work, Environment & Health (Tüchsen F. et al.), Standing at work and varicose veins, 2000

  • Occupational and Environmental Medicine (Tüchsen F. et al.), Prolonged standing at work and hospitalisation due to varicose veins: a 12 year prospective study of the Danish population, décembre 2005

  • Journal of Clinical Epidemiology (Lee A.J. et al.), Lifestyle factors and the risk of varicose veins: Edinburgh Vein Study, 2003

  • BMC Public Health (Chen C.L., Guo H.R.), Varicose veins in hairdressers and associated risk factors: a cross-sectional study, 2014

  • BMC Nursing (He Q.F. et al.), Global prevalence and risk factors of varicose veins among health care workers: a systematic review and meta-analysis, mai 2025

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Rédacteur spécialisé dans la santé, travaillant sur le site Doqi.fr, un site d’annuaire et d’actualités axé sur les sujets liés au coronavirus.

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