Partout en France, l’accès aux soins se dégrade. Près de 10 millions de Français vivent aujourd’hui dans une zone où la qualité de l’offre médicale reste inférieure à la moyenne nationale. Face à ce constat, collectivités, agences régionales de santé et professionnels multiplient les initiatives locales pour endiguer les déserts médicaux. Tour d’horizon de ces nouvelles organisations territoriales, relayées notamment par Ouest-France, ainsi que par plusieurs autres médias.
Maisons et pôles de santé : le regroupement des professionnels comme réponse
La création de maisons et pôles de santé s’impose comme l’une des solutions les plus concrètes pour maintenir une offre de soins de proximité. À Sablé-sur-Sarthe, un projet ambitieux de près de 6 millions d’euros illustre cette dynamique. Ailleurs, la transformation réussie d’un pôle regroupant médecins, ostéopathes et infirmières démontre l’efficacité de ces structures mutualisées.
L’intérêt de ces regroupements est multiple :
- Rompre l’isolement des soignants, un facteur clé dans l’attractivité des territoires ruraux ;
- Mutualiser les locaux, le secrétariat et les équipements pour alléger la charge administrative ;
- Faciliter la coordination des parcours de soins entre généralistes, paramédicaux et spécialistes ;
- Offrir aux jeunes praticiens un cadre d’exercice collectif, plus attractif que l’installation isolée.
Dans l’est de la Mayenne, de nouvelles organisations territoriales émergent également pour fédérer l’offre de soins existante et éviter la dispersion des efforts. L’objectif : bâtir une réponse cohérente à l’échelle d’un bassin de vie plutôt qu’au cas par cas.
Les contrats locaux de santé : coordonner sans forcément dépenser plus
En Creuse, un département particulièrement touché, un nouveau contrat local de santé a été signé fin juin, comme le rapporte France Bleu (ICI). Les chiffres y sont éloquents : 18 % des habitants n’ont pas de médecin traitant et 70 % des patients doivent sortir du département pour consulter un spécialiste.
Signé par les élus, le préfet, la Sécurité sociale, la MSA ou encore l’Éducation nationale, ce troisième contrat depuis 2016 fixe cinq axes prioritaires pour 2026-2030 :
- renforcer la prévention ;
- mieux accompagner les publics les plus vulnérables ;
- faire de la santé mentale une priorité ;
- améliorer la santé environnementale (ambroisie, moustique tigre, tiques…) ;
- améliorer l’accès aux soins de premier recours, c’est-à-dire aux généralistes.
Fait notable : ce contrat ne prévoit pas de moyens financiers supplémentaires. La logique est celle de la mutualisation des bonnes pratiques, en répliquant sur tout le territoire les initiatives qui fonctionnent, comme les mammographies sans rendez-vous proposées dans certains hôpitaux. Chaque intercommunalité devra par ailleurs désigner un référent santé.
La santé mentale, un enjeu sous tension
En Creuse toujours, on compte deux fois moins de psychiatres et de psychologues pour 10 000 habitants qu’au niveau national. Avec 7 700 patients suivis pour une maladie psychiatrique et un habitant sur six ayant consommé des psychotropes dans l’année, la prévention en santé mentale devient un pilier des politiques territoriales, à travers forums et actions de sensibilisation menées auprès des jeunes.
Mobiliser des ressources humaines inexploitées
Au-delà des structures, la question des ressources humaines médicales est centrale. Dans une tribune publiée par Le Monde, un collectif de maires plaide pour la mobilisation des professionnels de santé réfugiés. Médecins, pharmaciens, sages-femmes ou dentistes formés à l’étranger vivent en France sans pouvoir exercer, faute de parcours adapté vers les épreuves de vérification des connaissances.
Les élus y voient à la fois une exigence éthique et une réponse pragmatique : ces soignants qualifiés pourraient apporter une contribution immédiate dans les territoires où l’offre se raréfie. Le collectif appelle à s’inspirer des meilleures pratiques européennes pour lever ce qui reste, aujourd’hui, un angle mort du système de santé français.
Décloisonner ville et hôpital : les assistants spécialistes partagés
Autre levier innovant : les assistants spécialistes partagés ville-établissement. L’ARS Auvergne-Rhône-Alpes a lancé un appel à candidatures, ouvert jusqu’au 25 septembre 2026, pour permettre à des praticiens de développer un exercice mixte, entre une structure hospitalière et un exercice ambulatoire (libéral ou salarié).
Le dispositif cible en priorité les zones d’intervention prioritaire (ZIP) et les zones d’accompagnement complémentaire (ZAC). L’ARS finance l’activité hospitalière à hauteur de 40 %, pour un montant forfaitaire de 32 000 €, et le praticien est accueilli pendant deux années consécutives, de novembre 2026 à octobre 2028. L’objectif affiché : faire émerger des projets territoriaux pérennes, tout en associant activités cliniques, pédagogiques et de recherche.
Des réponses ciblées : un centre de santé dédié aux femmes
La lutte contre les inégalités passe aussi par des structures spécialisées. En Seine-Saint-Denis, l’ouverture d’un centre de santé dédié aux femmes répond à des besoins spécifiques dans un département confronté à d’importantes fragilités sociales et médicales. Ce type d’initiative illustre une approche plus fine, adaptée aux publics prioritaires.
Ce qu’il faut retenir
Aucune solution unique ne résoudra à elle seule la question des déserts médicaux. Ce qui se dessine, c’est une combinaison d’approches complémentaires :
- des structures collectives (maisons et pôles de santé) pour attirer et retenir les soignants ;
- des contrats locaux de santé pour coordonner les acteurs à l’échelle d’un territoire ;
- la mobilisation de compétences existantes mais inexploitées, dont les soignants réfugiés ;
- le décloisonnement ville-hôpital via les assistants partagés ;
- des centres spécialisés pour les publics les plus vulnérables.
Pour les habitants des zones concernées, ces dispositifs annoncent, à terme, une réduction des délais d’attente et un accès facilité à un médecin traitant. Reste un défi de taille : garantir la pérennité de ces organisations au-delà des financements de lancement.

Rédacteur spécialisé dans la santé, travaillant sur le site Doqi.fr, un site d’annuaire et d’actualités axé sur les sujets liés au coronavirus.






